Série « Nos cités, notre histoire » — Épisode 1
Bien avant Likasi et Kolwezi, c'est à Kambove que le cuivre du Katanga a commencé à rouler vers le monde. Petite cité du Haut-Katanga perchée à près de 1 450 mètres d'altitude, Kambove a été l'une des toutes premières mines industrielles du pays. Pour ouvrir notre série consacrée aux cités qui ont fait le Congo, le Journal Baraka revient sur son histoire et sur ce qu'elle a apporté à la nation.
Avant les Européens, le cuivre des Sanga
Le cuivre de Kambove n'a pas été « découvert » par les colons. Bien avant leur arrivée, le peuple Sanga exploitait déjà les gisements de la région située entre la Lufira et le Lualaba : Kamatanda, Likasi, Kambove, Msesa, Kalabi ou encore Kakanda.
Les Sanga extrayaient et fondaient le minerai pour fabriquer des objets en cuivre, dont les célèbres croisettes du Katanga qui servaient de monnaie d'échange. Ce savoir-faire ancien explique pourquoi les premiers prospecteurs européens ont trouvé les gisements si vite : il leur suffisait de demander aux habitants où se trouvait le cuivre.
1892-1906 : des explorateurs à l'Union Minière
En 1892, l'expédition du géologue belge Jules Cornet signale d'importants gisements de cuivre à Likasi et à Kambove. Dix ans plus tard, la société britannique Tanganyika Concessions, fondée par Robert Williams, envoie ses prospecteurs sur le terrain.
L'une de ses expéditions installe son camp directement à la mine de Kambove. Entre juin et octobre 1902, les prospecteurs jalonnent une cinquantaine de concessions au Katanga. Robert Williams décrit alors les gisements comme « scandaleusement riches ».
Fin octobre 1906 naît l'Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), fruit d'une alliance entre Tanganyika Concessions, la Société Générale de Belgique et le Comité spécial du Katanga. C'est elle qui va transformer Kambove en centre industriel.
1913 : le train arrive, Kambove devient la mine phare
Le 15 juin 1913, une ligne de chemin de fer de près de 30 km relie la jonction de Kamatanda aux mines de Kambove. C'est le tournant : le minerai peut enfin sortir en grande quantité vers les fours d'Élisabethville (Lubumbashi).
La première coulée de cuivre de l'UMHK date de 1911, à la mine de l'Étoile, près de Lubumbashi. Mais au début des années 1920, c'est Kambove qui est considérée comme la principale mine de la colonie, exploitée sans interruption depuis 1913. La cité grandit autour des puits, des ateliers et des camps de travailleurs venus de tout le Katanga et des pays voisins.
Un territoire aux richesses multiples
Kambove, ce n'est pas qu'une mine : c'est tout un territoire minier. Autour de la cité se sont succédé Kambove Principale, Kambove Ouest, Kamoya, Kamfundwa, Shangulowe, M'sesa ou encore Kabolela.
• Kakanda, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest, est découverte en 1910 et produit du cuivre à partir de 1930.
• Shinkolobwe, dans le territoire de Kambove, est l'une des mines d'uranium les plus célèbres de l'histoire. Son minerai a alimenté le projet Manhattan américain pendant la Seconde Guerre mondiale. En 2004, l'État congolais l'a classée zone interdite à toute activité minière pour des raisons de sûreté.
Cuivre, cobalt, uranium : peu de territoires au monde ont porté autant de minerais stratégiques sur une si petite surface.
De l'UMHK à la Gécamines
1906 : Création de l'UMHK, qui exploite Kambove
1913 : Arrivée du rail, début de l'exploitation industrielle
1966 : Nationalisation : les actifs passent à une société d'État
1971 : La société prend le nom de Gécamines
2001 : Partenariat Kababancola Mining Company (KMC) sur les mines de Kambove
2016 : Coentreprise avec China Nonferrous Mining pour la mine de cuivre et cobalt de Kambove
2018 : La Gécamines annonce un nouveau concentrateur à Kambove
Aujourd'hui, la Gécamines détient notamment les mines de Kamoya Centrale, Kamoya Sud, Shangulowe et Kamfundwa. Leur minerai est traité au concentrateur de Kambove pour en extraire le cuivre et le cobalt.
Ce que Kambove a donné au Congo
L'apport de Kambove dépasse ses propres limites. La cité a servi de point de départ à toute l'économie minière du Katanga.
Le rail. La ligne vers Kambove a préparé l'extension du chemin de fer vers Bukama, atteinte en 1918, puis vers le reste du pays. Le réseau qui transporte encore les minerais est né de ce besoin.
Les villes. Likasi, fondée en 1917 à 24 km de là, s'est développée sur la même ceinture de cuivre. Les deux cités partagent la même histoire ouvrière.
Les recettes de l'État. Le cuivre et le cobalt du Haut-Katanga ont été, pendant des décennies, la première source de devises du pays. Kambove en a été l'une des sources dès le début.
Les hommes. Des générations de mineurs, mécaniciens, ingénieurs et enseignants ont été formés dans ses mines, ses écoles et ses ateliers.
Cette richesse a aussi un revers : déchets miniers, sites abandonnés et une population qui n'a pas toujours profité du métal sorti de son sol. Ce sera l'objet d'un prochain épisode.
Et demain ?
Kambove n'est pas une page tournée. Avec les nouveaux partenariats et la relance des installations, la cité reste au cœur de la stratégie cuivre-cobalt du pays. La question est de savoir si, cette fois, ses habitants en recevront leur juste part.
Dans le prochain épisode de « Nos cités, notre histoire », le Journal Baraka continue son voyage à travers les cités minières du Katanga. Vous avez des photos anciennes ou des souvenirs de Kambove ? Écrivez-nous.
Sources
• Kamatanda — Wikipedia (Sanga, ligne de 1913)
• Tanganyika Concessions — Wikipedia (expédition de 1902)
• Encyclopædia Britannica 1922 — Belgian Congo (Kambove, mine principale)
• Britannica — Likasi (découverte de 1892, fondation de Likasi)
• Kambove mines — Wikipedia et Kambove — Wikipedia
• Décret n° 04/017 du 27 janvier 2004 sur Shinkolobwe (FAOLEX)

